Éditions courtes et longues
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Notes bibliographiques

Isabelle Simler, Cette nuit-là au musée (9 février 2016)

La journée se termine, le musée ferme, plus rien ne bouge, tout s’endort. Enfin, presque ! Sans doute est-ce vrai des fossiles, lys de mer, trilobites ou chitons, pétrifiés à leur étage ; ou même des coléoptères, goliaths et longicornes dont les élytres mordorés conservent l’éclat du jour. Mais, chez les papillons, le « Citron de Provence » en a décidé autrement : d’un battement d’aile, il quitte les lieux, bientôt rejoint dans sa fringale de liberté par une nuée de nymphalides, queues d’hirondelles ou sphinx. Du côté des grands mammifères, girafes et boeufs musqués, c’est la surprise, comme chez les oiseaux empaillés, l’aigrette titillée par le frôlement silencieux des fugueurs. Alors tout le monde s’y met, on fait la fête : les azurites, les améthystes brillent de tous leurs feux sur le passage d’un étonnant défilé qui, hors les murs, va s’enivrer de la nuit jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Puis, comme chacun sait...

On ne saura jamais s’il en est ainsi chaque nuit, mais cette fête-ci, Isabelle Simler l’a merveilleusement mise en scène dans un album à l’italienne propice à une longue promenade baroque entre Saône et Rhône. L’artiste ne rejoue pas La nuit au musée ; elle improvise sur ce thème une visite originale du Musée des Confluences à Lyon. Belle idée que d’investir les lieux dans la nuit propice aux fantasmagories avec, comme fil rouge, la tâche bouton d’or du « Citron de Provence ». Il suffit d’une aile de papillon... pour animer l’ensemble des collections, objets compris. Très peu de texte, juste de quoi signaler les étapes du parcours. L’architecture bénéficie de cadrages audacieux : ils soulignent de traits de plume énergiques son élégante géométrie en créant des perspectives étranges. Toutes espèces confondues, les pensionnaires du lieu y dansent pour eux seuls d’étonnantes chorégraphies en doubles pages, sous la lumière bleue de la nuit. Pour autant la dimension documentaire de l’album ne disparaît pas : le dessin est précis, chaque spécimen légendé, la richesse des collections astucieusement mise en évidence et auréolée de sa nomenclature poétique. Le Lori flamméché côtoie le Cotinga Pompadour ; le Camarasaurus étire ses cinq syllabes sur quatorze mètres de vertèbres. Dans le département des objets, le téléphone Pasquet et le téléphone Marty en disent plus que nos anonymes smartphones. L’album a la saveur particulière des encyclopédies. En bousculant la rigueur muséographique d’une présentation académique, cette invitation au musée est une réussite.

A. C.

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